Le Prix Joël Sadeler

Donner à Voir organise et coordonne avec la municipalité de Ballon le Prix Joël Sadeler.
Cette année, le jury a décerné le Prix au livre de Philippe Quinta Les jours sont fous, le temps itou publié aux éditions de la Renarde Rouge.La remise du Prix a eu lieu le samedi 22 octobre à 16 heures à la Mairie de Ballon. en présence d'une assemblée nombreuse. Philippe Quinta avait rencontré le vendredi après-midi les enfants de l'école Elisabeth et Robert Badinter de Ballon dont certains avaient participé au jury.
Voici le texte qu'il avait écrit le matin même...

En qualité d’instituteur de maternelle et d’écrivain de comptines, c’est pour moi un honneur bien poétique de recevoir le prix Joël Sadeler à Ballon. On imagine mal, avant de venir ici, qu’un village puisse porter un si joli nom. Un nom d’enfance, si j’ose dire. Un savant me dira peut-être : Revenez monsieur à vos anciens cours de géographie française, ne confondez pas le jouet rond avec le doux relief d’une montagne vieille ou avec l’arrondi d’une butte. Avez-vous oublié les fameux ballons d’alsace dont le plus célèbre est celui de Guebwiller ?


La remise du Prix en présence des personnalités.


Philippe Quinta et les enfants de l'école E. et R. Badinter.

Et s’il me plaît, Monsieur, pourrais-je lui répondre, dans la totale ignorance des origines de votre village, imaginer qu’un jour, dans les rues de ce même bourg, encore sans nom, une tripotée de bambins ait joué avec quelque chose de rond. Au point d’offrir à votre village le nom que vous lui savez. Et si j’aime aussi, inventer qu’un aventurier vint un jour se poser avec sa montgolfière sur le clocher de votre église, effectuant ainsi une sorte de baptême. Je pourrais voir encore un de ces anciens baladins, jongler avec une grosse balle gonflée d’air, de si mémorable façon que le nom de Ballon fut donné à ce patelin. Ou encore, pardonnez-moi, qu’à travers l’objet rond, une espèce de miracle eut lieu il y a bien longtemps : une apparition, un merveilleux don ou peut-être l’exécution d’un dragon.

Vous me voyez Monsieur revenir avec tous ces « ons » aux comptines, dont le poète de Ballon était si friand.
Mais peut-être que je m’égare, et qu’à l’image de beaucoup de poètes, je me nourris de légende dorée. Un autre que vous m’apprendra, qui sait, qu’un ballon de rouge inspira un jour, un seigneur quelque peu pochard. Qu’importe au fond ce que le mot ballon désigne vraiment. Si Louisfert a son René Guy Cadou, ce qui compte vraiment à mes yeux c’est que Ballon ait son Joël Sadeler. Poète de l’enfance, poète baladin, poète faisant tourner la belle balle des mots dans nos têtes sérieuses et désenchantées, mais poète aussi, et c’est là bien sûr qu’il se montre grand, quand à l’heure grave, il sut envoyer quelques pichenettes à la dame sombre qui l’attendait. J’aimerais pour finir sur une note plus gaie et que Joël j’espère n’aurait pas désavouée :

À Ballon, j’ai trouvé quelques beaux fruits ronds
Dont personne ne sait me dire le nom.
À Ballon, j’ai trouvé aussi
Quelques beaux amis
Dont j’aime dire les noms…

Philippe Quinta