Il fallait bien que je l'oublie celui-là, ce carnet noir que j'avais pourtant conservé pendant le séjour ballonais. Comme il est difficille d'échapper à ses réputations. L'une d'entre elle fait de moi un semeur. Impossible de quitter un lieu sans laisser de traces. Sans doute une manière de dire à ceux que j'abandonne, qu'une part de moi restera près d'eux.

Ce carnet contenait un bon petit nombre de textes brouillonés. Par chance, j'en ai conservé la mémoire et imprimé certains.

J'ai donc acheté en gare du Mans un bloc notes étrangement noir lui aussi. Et j'ai commencé à redessiner les haikus qui avaient ponctué mon voyage dans la Sarthe.

Paris n'est pas loin

le train découpe la brume

à 350 kilomètres à l'heure

 

Toujours peur quand j'arrive à Paris de louper ma correspondance. Entre la gare de Lyon et Montparnasse TGV une demi-heure suffit et j'en possède le double. L'âge aidant, le provincial que je suis se trouve de plus en plus désemparé par le vertige parisien.

Un autre Train m'amène en moins d'une heure au Mans, où m'attend la petite femme du poète Joël Sadeler. Je dois assister à la cérémonie du prix portant le nom de l'écrivain. J'aurais votre livre entre les mains, m'avait elle dit au téléphone. Elle est au rendez vous, mais la foule l'avale (comme dirait grand Jacques) et je me perds entre les multiples sorties de la gare.

Nous finissons bien sûr par nous retrouver. Ce ne sera pas le fruit des portables, je n'en possède pas, mais celui de l'inspiration.

La veuve du poète m'accueille avec beaucoup de chaleur. Quelques kilomètres en voiture suffisent pour savoir que nous nous entendrons.

 

petit restaurant -

elle ne saura rien

de mes pratiques végétariennes

 

(à suivre)