La lune et le cyprès

18 mai 2012

mai face book un haiku par jour (sélection)

pliées
la petite vieille
et sa chaise
 
retour du froid -
contre ma peau
ses seins de glace
 
 
sur quel sutra
pointe-t-il le doigt
le jeune moine
 
théâtre d'ombre -
levées leurs inhibitions
enfantines
 
 
plus le même champ -
les coquelicots
dépassés par des fleurs bleues
 
poète alité -
le monde réduit
à un carré de fenêtre
 
des fleurs ? pas la peine !
ici, hormis le chien,
nul ne les arrose
 

Sieste -
des voix d'enfants
parlent de cascade

*

rue du bout du monde -
un dominicain en habit
avec une valise verte

*

"oeil ouvert
et coeur battant"
heureux d'avoir acheté ce livre

*

les quatre êtres de bien :
bambou, lotus, orchidée
et chrysanthème

*

depuis cet entretien
avec le moine
un grand ciel bleu

*

Saint Guilhem le désert -
du monde jusqu'au bout
du monde

*

Saint Guilhem
ma fille toute habillée
parmi les truites

 

 

printemps -
des chants
à perte d'ouie
Difficile d'exprimer en haikus l'intensité de l'entretien avec le moine Gojo.
Le dialogue portait sur l'approche non-duelle. Je remercie Jean-Claude César de m'y avoir invité...Dire juste que cette approche fondée sur l'expérience de la conscience comme source de perception n'est pas éloignée de notre pratique de haijin...

mes chaussettes
moins blanches
que la tunique du moine

*

des auditeurs
je devine les pensées -
- c'est lui le moine ???

*

sur ses coussins
à peine posé - sans violence
il s'impose

*

déjà
quelque chose de paisible
s'installe

*

pas de koans
mais des réponses
déconcertantes

*

des n'est ce pas
comme des portes
entre les phrases

*

son regard doux
et ses petits rires
coquins

*

ce chemin
qui n'en est pas un
bordé de fleurs rares
de petits yeux brillent
quand d'autres ont des larmes -
neige de bourre
demi-sommeil -
le chant du rossignol
trop lointain
un étrange insecte
sur le carrelage rouge
des toilettes
premières voix
de belle saison
dans le jardin d'en face
·  bière sans alcool
homme sans ivresse
pleurant quand même
nu sur la plage -
une ancienne élève
le reconnaît
 
iris arrachés -
dans la cour d'école
chercher le coupable
  • ·  claquements de doigts -
    le garçon de café
    regarde ailleurs
mi-soleil mi-ombre
je déguste une friture
de jols
 
aube de mai -
dans la gamelle du chien
la pie pioche
 
rien à faire
yeux ouverts ou fermés
puisque ça tourne
vertiges -
à pas lent, les marches
de l'escalier tournant
 
je gravis les marches
de l’escalier tournant
comme ma tête
 

usées, mal payées

les filles du crazy horse

défilent vêtues

 

 
 
 
 
 
 
 

 

Posté par Philippe Quinta à 05:46 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


02 mai 2012

 

 

aveugle
il s'excuse
d'avoir été bousculé

 

*
sieste -
à part cette mouche qui donc
pourrait me déranger

*

Issa et mézigue
même amour des mouches
et des haïkus

*

porte-t-elle un nom
la mouche
qui me courtise

*
coquette la mouche
se lisse les ailes
avec les deux pattes arrière

*

la mouche
à son aise
sur mon index gauche

*

observant la mouche
je constate combien
les vitres sont sales
entre les mains
tous les oiseaux chanteurs -
quai des bouquinistes
nuit tiède d'avril
j'ouvre la fenêtre
côté rossignol

 

 

plein vent -
les coquelicots
je les plains
sur le quai - noire
elle porte un bouquet
de fleurs de coton
sur le buffet
l’image poussiéreuse
de Dieu le père

*

hall de gare –
rares ceux qui ne trifouillent pas
leur mobile

*

sur la route au loin
le bruit incisif
d’une moto

*

cuit par le gel
mon olivier va-t-il
refaire des feuilles

*

Pâques orthodoxe -
remonterais-je un jour
à la petite chapelle

*

joueurs impatients -
le maitre du jeu
dort encore

*

il semble me remercier
le poêle
que j’ai nourri

*

sur le départ
ma mère
toute plaintive

*
petit matin -
de ma barbe il ne veut pas partir
son cheveu
 
amoureux -
les nuages n’ont pas fini
de dessiner son visage

*

cœur de ville –
levant mon verre à ceux
qui ont mis les autos dehors

*

le son des cloches
place Saint Roch
un goût d’été

*

longtemps après
je le reconnais
celui que je venais de croiser
pas deux chaussettes
ne se ressemblent
dans le grand sac
réveillée
par des chants d’oiseaux
de quoi se plaint-elle ?
grand vent –

les branches de l’olivier

balayent les nuages
usées
mes sandales entament
leur troisième printemps
kanjis blancs sur bleu
ces bouts de nuage
que le vent détache
avant ton envol
j'ignorais le vert de ta queue
petit passereau
courageux
ces coquelicotsle mur que j'ai lavé
met en évidence
le mur que je n'ai pas lavé
certains l'aiment
d'autres pas
l'arôme du bois brûlé

*

devant une coccinelle
désolé
je n’ai pas grandi

*

je l’invite pour voir
à poser la coccinelle
sur le coquelicot

*

« ils ont fait exprès
dans ce livre, de mettre
que des choses que je connais ? »

Silouane 8 ans

- c’est quoi ton métier ?
- -semeur de haikus ?
- -et ça te fait vivre ?
- oui !

*

sur la table
les fourmis
ébêtées de sucre
- ce soir fillette
qu'en sera-t-il de ton bouquet
de coquelicots ?
la pie
regardez la
il ne lui manque que les bras
la pluie-qui s'en plaindrait-
même en pleine nuit
fait de la musique
après la pluie
le champ moins rouge -
d'autres coquelicots se lèvent
mur en chantier -
faute de couvert
il mange avec une truelle
de l'horloge
mine de rien,elle galope
la trotteuse
les yeux dans le vague -
plus un seul haïku
en poche
soleil rasant -
l'abeille butine
le bouquet de la mariée
à l'oreille déjà
le vent
accentue le froid

Posté par Philippe Quinta à 18:36 - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
01 mai 2012

médiévales

j'ai essayé un oeil moins photographique sur cette dernière journée
des médiévales du grand Pic Saint-Loup

comme je le fixe
l’homme minuscule
me fixe

*

la maquilleuse :
- comme tu es déjà grande
- ce sera en noir et blanc

*

dans la foule
des chevaliers en arme
et un motard

*

un moine
derrière un comptoir
vend des chips mystérieux

*

je les écoute
parler de lames
les deux fabricants de couteaux

*

les musiciens seuls
le défendent becs et ongles
leur moyen-âge

*

dans l’allée marchande
le brin de muguet
m’est offert

*

ça y est, ça m’est confirmé
notre époque
c’est l’ironie

*

les parapentes
tourbillonnent
au dessus des tentes médiévales

*

le faux chevalier
a une tête
de vrai chevalier

*

le château endure
un énième assaut
avec infiniment de patience

*

le village médiéval
assiégé
par des touristes

*

acheté à mon fils
une corne de brume
de pacotille

Posté par Philippe Quinta à 22:49 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
20 avril 2012

certains l'aiment

d'autres pas

l'arôme du bois brûlé

 

*

 

devant une coccinelle

désolé

je n’ai pas grandi

 

*

 

je l’invite pour voir

à poser la coccinelle

sur le coquelicot

 

*

 

«  ils ont fait exprès

dans ce livre, de mettre

que des choses que je connais ? »

 

Silouane 8 ans

 

-       c’est quoi ton métier ?

-       -semeur de haikus ?

-       -et ça te fait vivre ?

-       oui !

 

 

 

*

 

sur la table

les fourmis

ébêtées de sucre

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18 avril 2012

18 avril

premier geste

après le café

écrire un haiku

 

*

 

réveillée

par des chants d’oiseaux

de quoi se plaint-elle ?

 

*

 

dans la valise

brisé le flacon d’huile

parfumée

 

*

 

glycine en fleurs –

je comprend maintenant

l’image des seins

 

*

regards vers le ciel

peut-être prières :

- jamais plus la pluie ?!

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17 avril 2012

17 avril

ultime concert –

sa voix tremble un peu

quand il tient la note

 

*

 

longtemps après

je le reconnais

celui que je viens de croiser

 

 

*

 

sur le mur

l’ombre des bambous -

sumi-e vivant

 

*

 

grand vent –

les branches de l’olivier

balayent les nuages

 

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16 avril 2012

saisissez le titre du message

sur le quai - noire

elle porte un bouquet

de fleurs de coton

 

*

 

toutes deux voilées

la mère et la fille

mais qu'un seul visage

 

*

 

hall de gare

pour un peu de monnaie

une histoire sombre

 

*

 

plein vent -

les coquelicots

je les plains

 

Phil

Posté par Philippe Quinta à 19:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

de ma barbe

SourceURL:file://localhost/Users/nadia/Documents/sur%20le%20buffet.doc

sur le buffet

l’image poussiéreuse

de Dieu le père

 

 

*

 

hall de gare –

rares ceux qui ne trifouillent pas

leur mobile

 

 

*

 

sur la route au loin

le bruit incisif

d’une moto

 

 

*

 

cuit par le gel

mon olivier va-t-il

refaire des feuilles

 

 

*

 

 

 

Pâques orthodoxe -

remonterais-je un jour

à la petite chapelle

 

 

 

*

 

 

joueurs impatients -

le maitre du jeu

dort encore

 

 

*

 

 

il semble me remercier

le poêle

que j’ai nourri

 

 

*

 

sur le départ

ma mère

toute plaintive

 

 

*

petit matin -

de ma barbe il ne veut pas partir

son cheveu

 

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15 avril 2012

haikus d'une répétition

sur scène

(décide-t-on)

la neige sera de soie

 

*

 

sur la corde à linge

 trois mêmes livres sèchent

 

*

 

habitués aux grands espaces

ils jouent

dans un mouchoir de poche

 

*

 

assis à la japonaise -

genoux et chevilles

s’endorment

 

*

à force de les déplacer

sushis et makis

flagadas

 

en pleine conversation

sur la grâce

il me baise le pied

 

*

 

elle dit

que la musique devrait servir

les déplacements

 

*

 

qui de l’un ou de l’autre

l’entendra le premier

le rossignol

 

*

 

à défaut d’une longue

on s’arrête sur trois petites –

la table aux sushis

Posté par Philippe Quinta à 09:19 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
12 avril 2012

récents et quelques anciens



paquets d’écume –

arrachée par la houle

son écharpe rouge



*



vent fou –

elle craint qu’il ne s’envole

son tout petit



*



ils craquent

sous les chaussures, les squelettes

d’oursins



*



mer houleuse –

sur les galets, l’holoturie

impuissante



*



sur la plage de galets

l’écume toute tremblante



*



mer folle d’automne –

l’irlandais en short

les pieds dans la vague



*

laissé par la mer

rendu à la mer

le concombre de mer


la joie dans leurs yeux -

les bottes trop basses

quand la vague monte


*


loin de la mer

terne le galet

que l’enfant trouvait si précieux



*



dans le parc

boueux

le paon blanc



*

restes de la veille –

le chien aussi boude

les sushis

 

soir d'avril -
la pelouse redevient
le territoire des merles

 

stores et volets clos
la nuit descend
sans être vue
le bruit de la clim
pareil à celui de la pluie
enfin presque

 

bains chauds
les pieds à peine trempés
un sourire sur leur visage

le bout des doigts fripés
comme autrefois enfant
dans la baignoire
matin de pluie -
déjà deux ans qu'il est mort
le voisin d'en face





arbres de judée
n'allez pas trop vite
vous feuillager



les yeux dans la glace
il joue au menteur
il joue au tricheur



quelques petits pas
lui coupent le souffle
l'aïeule

 

dormir seul -
au lever le lit
un champ de bataille


*



je cherche en vain
l'ivresse
dans un verre d'eau



Posté par Philippe Quinta à 09:25 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]