Je dors dans la chambre du bas, celle des amis, des poètes et des gens de passage. Michèle m’ouvre le lit me faisant gentiment comprendre que j’appartiens en même temps aux trois catégories.

 

Samedi matin.

 

les têtes des arbres

émergent de la brume –

le beurre est salé

 

Michèle Sadeler est allé chercher quelques croissants à la boulangerie. J’ouvre les livres de son époux, y pioche quelques poèmes et entre deux gorgées de café apprend leurs petits secrets.

 

Les heures coulent lentement. Je suis seul dans la maison, parcourant l’œuvre du poète.

Je m’arrête sur le plus grave de ses livres, celui que Michèle refuse d’ouvrir. Le cancre du cancer, c’est bien lui, Joël le mauvais élève, qui en quelques textes plutôt brefs assaisonne la maladie de ses facéties. Il faut, me dis je, une sacrée force pour écrire ainsi sur la douleur et la perspective de sa propre disparition.

 

Un autre poète est attendu pour le repas. Jean-Claude Touzeil est ici, l’ami de tous.

Quelqu’un qui vit en poésie, aime les arbres et remercie plutôt dix fois qu’une.

Nous partagerons quelques bons verres de vin, des confidences et une courte promenade

vers le cimetière.

 

 

Stèle du poète -

trois vraies roses rouges

ajoutées aux fausses

 

 

Sur le chemin du retour, deux arbres interrogeront nos acquis. Quant au premier et ses baies rouges comestibles, Jean-Claude penche pour un cormier. Le deuxième et son fruit vert ammoniaqué le laisse perplexe. Quelques jours plus tard, après des recherches il sera  catégorique. Il s’agit d’un noyer noir et d’un alisier blanc.

 

... à suivre....