le son de la cloche
tournoie dans la brume
au petit matin

Basho

Tiré au hasard, ce haiku de Basho répond favorablement au double constat: Etonnement et ravissement ( expérience transcendantale ) le son de la cloche produit le saisissement et son tournoiement dans la brume est l'expérience poétique et spirituelle du haijin...

manteau de printemps
vieille liste d'épicerie
dans les poches

Hélène Leclerc

Ici, dans ce haiku contemporain, l'étonnement est suggéré par le fait que l'hiver est fini et qu'au printemps venu on enfile des vestes ou manteaux plus légers...dans lesquels bien entendu on trouve d'anciennes choses...et c'est souvent une surprise...
un voyage aussi dans le temps...

le même pont
trois fois j'ai traversé
soir de printemps

Soseki

Soseki relate une expérience somme toute banale: traverser un pont. Quoi de plus naturel que de le faire deux fois voire trois, si le besoin nous y invite. Le haiku pourtant nous transporte dans un instant d'attention extraordinaire, d'où pointe un léger humour. Soseki ne dit rien d'autre que ce fait là, il n'en donne pas la cause. A peine le situe t-il dans le jour et la saison. Et dans cette association kigo et répétition de l'acte, le lecteur lui aussi est porté vers un hors du temps, une expérience transcendantale de simplicité.

le soleil scintille
sur les pierres
de la lande desséchée

Buson

Une fois encore le saisissement de l'instant à travers les deux premières lignes...le troisième "vers" élargit la scène et lui donne
une force cosmique et spirituelle.

baleine fumée
et plus de vingt huit
degrés à Malmô

Rob Flipse

Là encore l'expérience humaine est saisie dans l'instant. Quelqu'un mange un plat typique ou assiste à la fumigation du cétacé.
Et l'environnement chaud appuie sur cette conscience étonnée.

Je pourrais continuer ainsi plus longtemps. Le constat de Swede semble déterminant. Sans ce saisissement, qui dans la majorité des cas est transcendance de l'expérience humaine, il n'y a pas de haiku !

Phil