Sixième jour. Est-il besoin de le nommer ? Les rapports de ce sevrage devraient aller en s'espaçant. J'espère dans quelques semaines ne plus rien avoir à noter. Le matin est de tous les moments du jour le plus riche d'espérance. Pourvu qu'il y ait un bon café au goût corsé. On en revient toujours à çà: du piquant, de l'intense, un bon liquide qui fouette ou qui enivre ! Pourquoi cela ? La vie n'est-elle pas assez épineuse ? Ou c'est qu'elle est si douloureuse  que le besoin se fait sentir de l'oublier. Certains m'ont fait entendre, en bons psychologues, qu'il fallait aller à la source de l'addiction. Histoire de s'abreuver d'un peu de clarté. Cela t'aidera, prétendent-ils. Alors voilà, j'y suis allé puiser à cette fameuse source. J'en ai rapporté tant de raisons que je ne sais qu'en faire.

Maman pourquoi avoir fait de ton petit une bouche à sucre ? (déplacer le problème vers quelqu'un d'autre n'avance à rien)
Le monde va si mal, depuis mon adolescence, je ne le supporte pas. ( comptez-vous ainsi l'améliorer )
Depuis petit, la mort me hante ( ivre aussi, il faudra la vivre )
J'ai une âme d'artiste et il est bien connu que les poètes ont recours à des paradis artificiels. ( Vous avez déjà précisé qu'ils étaient trompeurs en matière de création)
Je n'assume pas la charge d'un père de famille de quatre enfants. (C'était peut-être à réfléchir avant...cela dit creusez pour savoir ce qui est difficile en cela )
Le spectacle de mon vieillissement m'est accablant. ( L'alcool, c'est connu, aide au rajeunissement)
J'aime le vin, c'est une boisson noble que je ne peux confondre avec un poison. ( Aimer veut-il dire en être l'esclave ?)
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En courant ainsi de causes en causes, je n'ai rien trouvé de tragique. Pas d'abandon parental, pas de manque d'amour, pas de misère sociale,
aucun suicide, pas d'inhibition ni de handicap, nul choc psychologique, ni de maladie grave... à peine une âme sensible, certes une grande timidité enfantine, un goût scorpionesque pour les ténèbres et l'amour des petites ivresses. Mais au fond, ce qui se dégage de tout cela, non pas comme cause mais comme constat, comme tendance devrai-je dire, c'est un immense besoin de ciel.

(à suivre)