journal d'un sevrage

C'est dans la nuit de lundi à mardi. L'attachement au vin et aux boissons alcoolisées est tombé comme un fruit mûr. L'esprit a dit c'est fini !
Terminés les vertiges et les coups de gueule, adieu les migraines et les cauchemars, finis les verres volés aux regards des autres et les promesses inconséquentes. Pas besoin de forcer la décision ! C'est ainsi ! On tourne la page, et quelle page ! Vingt cinq ans d'arrosage régulier.
On commence par une bouteille le week end, une bière par ci par là, un apéro entre amis et peu à peu l'on glisse. Jusqu'au jour où plus un seul repas ne se passe de vin, où plus une journée ne se termine sans alcool. On a bien entendu tous les arguments pour dire que ce n'est pas grave. Qu'on est très loin de ceux qui en deviennent malades, qu'à notre stade on peut tâter du goulot quelques années encore...Mais il y a les premières analyses de sang, gamma GT, tri-glycérides, en augmentation, et le foie qui se met peu à peu à ressembler à celui des oies et des canards de Noël. Et puis surtout, il y a ce lien à l'idole. Oui, l'alcool est une idole. Elle promet et ne tient rien, pas même la gaieté. Du génie elle te renvoie très vite à la misère.Elle ne donne que le besoin d'elle et jamais de satisfaction.

rayon des vins -
je passe vite
et sans regarder

Ce matin du cinquième jour, je me lève, la bouche un peu moins pâteuse que de coutume. A cet instant de la journée, je ne pense évidemment pas à boire. Je n'étais pas de ceux qui sirotent au saut du lit. Je me dis cependant, qu'il faudra tenir la distance, de l'aube à la nuit tombée en me méfiant des moments clés du quotidien. L'alcoolisme, même le plus anodin, est tissé de petites habitudes.

le goût de l'eau
le goût de l'eau
le trouverai-je

(à suivre)