31 août 2008
haibuns
Aux premières minutes de l'aube, je pars avec mon chien sous les
châtaigners. El camin d'Olt, littéralement chemin du Lot, domine le
val de Truyère, puissant affluent du fleuve déjà nommé. A cette heure,
j'ai peu de chance d'y rencontrer quelqu'un. Je laisse donc courir le
chien devant moi, sans craindre que l'obscurité de son pelage et la
blancheur de ses crocs, n'effraie le premier Vttiste venu. Nulle rosée
sous mes sandales; le retour des grosses chaleurs a chassé toutes
traces d'humidité. J'approche lentement du rocher qui surplombe le lac
d'Izaguette. C'est ici que se reposent mes articulations paresseuses.
Le panorama m'incline à la rêverie.Si l'oreille perçoit les lointains
cancans des Colverts et l'œil distingue quelques larges rides de
l'eau, l'esprit jouit de l'image du soleil montant.
soleil levant –
premières taches d'automne
dans les feuillus
A la faveur de plusieurs entrées maritimes, le ciel s'est encombré de
nuages. Un vent léger orchestre les percussions de feuilles sèches et
les bourdonnements d'insectes. Plus en hauteur, est-ce le tonnerre qui
gronde ou un lointain avion de ligne ?
L'heure viendra bientôt où il faudra dire adieu aux vacances, charger
la voiture des derniers souvenirs d'été et reprendre la longue route
de la rentrée.
Nous voyagerons sur un dernier disque de Salvador ou sur quelques
standards de jazz de Duke Ellington, laissant derrière nous les larmes
des grands parents.Au moment d'allumer le moteur,se posera l'éternelle
question.
retour de vacances –
la peur d'avoir oublié
quelque chose
Phil
30 août 2008
suite aveyronnaise
aire d'autoroute -
un bébé aspire
un coca light
*
nuit Aveyronnaise
plus puissant que la cloche
le chant des grillons
*
monte
un fin nuage de brume
vers les nuages
*
cet été
personne ne l'a foulé
le vieux chemin
*
vieux tilleul
un lierre vert franc
épuise ses branches
*
le chant du coq -
de son lit d'eau
la brume se lève
Pour celui-ci (le précédent) je me demande si la métaphore n'est pas
génante et si l'ensemble ne sonne pas trop "poétique" vous me comprenez?
l'aïeule
siffle son chien
mort depuis dix ans
Phil
27 août 2008
quelqu'un me dit
quelqu'un me dit
qu'il faut avoir de l'humour
pour vivre
Phil
si la mort
Si la mort reste toujours un scandale, comment nommer celle, brutale, d'un jeune homme de 19 ans. Une rupture d'anévrisme et hop, à la trappe. La nouvelle me parvient par téléphone. Le fils d'une collègue de travail !!! à une poignée de jours de la rentrée...
Je donne évidemment mon accord pour l'achat d'une grande et dérisoire couronne mortuaire.
N'osant imaginer l'immense douleur de la famille, je me réfugie entre les pages de mon carnet. Tout en sachant que le haiku n'aura jamais de réponse à donner à un tel gâchis.
l'école
le village et la vigne
en deuil
elle me dit :
on n'arrête aucun prix
pour la couronne
vendanges noires -
le vigneron vient de perdre
son fils
un papillon sombre -
je pense à la douleur
de sa mère
dans le combiné
la mort du jeune homme
me fait jurer
Phil...
26 août 2008
crépuscule d'été (une suite)
crépuscule d'été -
à mes oreilles pendu
un chant sacré
*
crépuscule d'été -
d'où vient- il ce parfum
de cigarette
*
crépuscule d'été -
je commande "jours d'hiver"
en DVD
*
la piscine
personne pour s'y baigner -
crépuscule d'été
*
crépuscule d'été -
dans la maison voisine
quelqu'un se douche
*
crépuscule d'été -
au bout des bambous
la brise est légère
Phil
24 août 2008
de retour
De retour d'une dizaine de jours de vacances au pied du Fujiyama Catalan, le
canigou.
Une petite moisson de haikus familiaux, jardiniers ou de promenade...
pour une place dans la queue
deux touristes
se bouffent le nez
*
dans sa petite bouée
l'enfant
découvre l'infini
*
Canigou sans neige -
la grâce du bananier
dans le vent léger
*
frelon abattu
au pyrêtre bio
*
un cousin
sur le carrelage blanc
agonise
*
sauf le coucou
dans la grande maison
tout le monde dort
*
jupes relevées
les pieds dans l'eau fraîche
les trois fillettes
*
broyeur éteint -
à nouveau le chant paisible
du ruisseau
*
à l'eau de piscine
un lézard vert
étanche sa soif
*
le bruit des pneus
sur les graviers -
premier invité
*
après les mouches
aux fourmis
de se mettre à table
*
bassine dans l'herbe -
fillettes et grand-mère
font la vaisselle
*
avant l'orage –
premières feuilles mortes
sur l'eau
*
précédant l'orage
les feux clignotants
de l'hélicoptère
*
le vol nerveux
du papillon
avant l'orage
*
avant l'orage
l'éclair jaune
d'un Loriot
*
soleil matinal –
un peu d'eau de pluie
au fond du hamac
*
bain matinal -
autour de chaque fillette
un rond de lumière
*
dans la glace
mon profil a un peu honte
de moi
*
papillon et papillonne
indifférents
au buddléia
*
sans bananes
le bananier
heureux quand même
*
baie vitrée -
enfants d'un côté
de l'autre un lapin
*
vent du soir –
dans ma chemise de soie
j'ai un peu froid
*
crépuscule d'été –
de l'amoureuse d'antan
j'apprends le décés
*
dans les braises rouges
le bouchon de rouge
gonfle et se tord
*
voeu des trois fillettes
garder leur grand-mère
jusqu'à mille ans
Phil
13 août 2008
d'en haut ou d'en bas
à explorer le bas
le chat d'en haut
renonce
Phil
sauter
pour sauter d'arbre en arbre
l'écureuil
attend la nuit
Phil
curiosité d'internet
affichant
son profil complet
je ne vois rien
Phil
suite d'un soir d'été
soir d'été -
seules les oreilles du chien
bougent
soir d'été -
pas la moindre brise
dans les oliviers
soir d'été -
si laide une fois fanée
la fleur d'hibiscus
soir d'été
dans la maison voisine
on parle fort
à table -
j'explique aux enfants
l'effet papillon
soir d'été -
à même le pédiluve
le chien boit
Phil