Une longue chaîne jaune

11 mars
tous en jaune contre
l’invisible feu

A cette heure, j’ignore si la longue chaîne des anti-nucléaires fut un succès ce 11 mars.
Il me faudra attendre le résultat du comptage des manifestants, lequel se faisait, j’en fus le témoin, à l’unité près.
Nous nous trouvions donc en famille sur le tronçon du Pontet entre Avignon et Sorgues. La grande ribambelle des insoumis se tenait entre la cité des papes et Lyon.
Nous étions tous habillés de jaune. Certains arboraient le soleil heureux qui dit non merci à l’énergie mortifère.
Le mistral soufflait fort. Les visages étaient sympathiques. Nous longions une double voie
et d’immenses hangars fermés. Un peu plus loin, sur un pont enjambant l’autoroute, nous nous donnâmes pour la première fois la main. Des klaxons assez réguliers saluaient le cortège d’or. Nos holas s’amusaient à leur répondre.

Main dans la main -
le mistral on le dit gagnant
sur une pancarte

*

ceux qui passent à vélo
nous donnent des nouvelles
des deux bouts

*

fukushima
plus jamais ça !
entend-on crier dans la file

*

un message passe
de main en main –
on en compte peut-être 100 000

*

une auto circule
-poussée par le vent -
entre nos jambes

*

dans la file indienne
des têtes chenues
y croient encore

*

à Fukushima
le même jour, les chaînes
sont silencieuses

*

sur le sol
un enjoliveur
transformé en soleil

*

parole d’enfant :
« alors tous les autres ...
(sous entendu ceux qui n’étaient pas dans la chaîne)
ils veulent mourir ! »

*

d’avoir manifesté
sans violence
m’a fait du bien

Phil