Un petit détour par le service des urgences de l'Hopital Lapeyronnie à Montpellier entre minuit et trois heures du matin. De quoi  plonger dans le tableau des misères urbaines. "Profond respect" comme dit mon fils pour ceux qui accueillent tous ces naufragés de la nuit. Un certain pathos dans les senryus suivants. Difficile de faire autrement.

 

à son réveil

pieds et mains liées

pas la langue

 

*

urgences -

les infirmières essuient des plaies

et des insultes

 

*

elle veut sortir

avant qu'on ne l'examine

la gamine

 

*

salle des transferts

le grand embouteillage

des brancards

 

*

à son réveil

ignorant ce qu'elle fait ici

avec des bandages

 

*

entre un suicide

et un accident

le genou luxé de mon fils

 

*

le petit vieux

ici tout le monde

le connait

 

*

 

la jeune fille à la minerve

entre deux ivresses

qui ronflent

 

*

 

l'infirmière dit :

j'ai compris, c'est la période

des fêtes votives

 

*

sur le lit à roulettes

une masse inerte et poilue

*

policiers, pompiers, infirmiers

et blessés

en uniforme

 

*

priorité -

on ne voit que les yeux

du brûlé

 

*

 

derrière le paravent

mêlées de cris et de pleurs

ses insultes

 

*

salle d'attente -

encore plus d'atrocités

dans le film

 

Phil