Haikus 2007     

 

écrits gros   

pour lire  il faut comme pour un diaporama

jouer de la flèche....

 

Phil

 

 

 

 

 

 

maison cévenole


les pierres du vieil escalier


se déchaussent

 

 

 

 

crépuscule d’été ~


je feuillette les pages


d’un vieux carnet

 

 

 

 

plongeon


avant lui son ombre


touche l’eau

 

 

 

 

ah


devant la colline boisée


étendre son linge !

 

 

 

 

sous la pluie


l’oiseau s’attarde


un instant

 

 

 

 

percée du soleil

l’enfant pousse un petit cri


de surprise

 

 

 

 

sans hâte


la mouche fait sa toilette


sur le sablier

 

 

 

 

ma femme se fige -


la cane et ses canetons


sur la voie rapide

 

 

 

 

ses yeux


en pleine lumière


d’un autre vert

 

 

 

 

fontaine


des mains de femme


dans l’eau qui chante

 

 

 

 

panier d’osier


dedans, le pain, le vin


et les livres

 

 

 

 

elle marche


une libellule


sur sa casquette

 

 

 

 

veillée aux étoiles


baiser de l’artiste

à la femme ivre

 

 

 

 

la nuit tombe -

entre légumes et poissons


on parle oiseaux

 

 

 

 

village natal ~


toujours cette eau vive


traversant la rue

 

 

 

 

soleil matinal


l’ombre démesurée


d’une mouche

 

 

 

 

au chevet


de sa femme mourante


le metteur en scène

 

 

 

 

 

de l’aile d’un geai


une petite plume


tombée

 

 

 

fête de la musique ~


à la nuit tombée


trompette un moustique



 

 

 

Palavas les flots -


contre un mur vingt fillettes


culottes baissées

 

 

 

 

 

 

l’homme grenouille


un loup accroché


à la ceinture

 

 

 

 

 

 

Champ de colza –


Une fleur mauve domine


l’horizon jaune

 

champ de blé
-

un coquelicot


solitaire

 

 

 

 

jeux d’enfants


leurs cris de l’autre côté


de la montagne


 

 

 

dans le ciel


au-dessus du Lot


flotte un épervier

 

 

 

 

 

 

Château Vallon -


par la meurtrière


l’homme tout petit

 

 

 

clic après clic


dans la cité médiévale


les japonais

 

 

 

 

entre deux scrutins


heureux les haricots


de montrer leurs têtes

 

 

 

un coup de balai


sous le vieux buffet –


fleur de fuschia sèche

 

 

 

 

Grau d’Agde –


assis dans son fauteuil électrique


il pêche à la ligne

 

 

 

 

salle de vote -


volète et s’en va


le papillon blanc

 

 

 

 

 

tomates en terre -


changer de chaussures


pour aller voter

 

 

 

 

 

disputes d’enfants –


une tégénaire …
…

sont réconciliés

 

 

 

soins à domicile –


tartinée de chantilly


sa poitrine fraise

 

 

 

quais de la scène


dans l’allée des plantes vertes


l’homme en habit rouge

 

 

 

 

 

 

premier mai -


elle le met dans ses cheveux


le brin de muguet

 

 

dans la bouche

un peu forcé


le goût de l’eau

 

 

 

entre deux averses


elle défriche un fouillis


de lianes et de ronces

 

l’heure des mamans -


en pots, vingt-neuf jonquilles


impatientes

 

 

au bord du ruisseau


quatre générations
de femmes

silencieuses

 

 

 

sans lunettes


les deux croissants de lune


se chevauchent

 

 

Palavas les flots-


le chien noir montre ses crocs


à l’écume

 

après complies


derniers craquements de parquet


avant le silence

 

 

sous la langue


une dernière larme


de chartreuse

 

 

départ matinal -


le menuisier embrasse


ses deux chiens

 

 

au moment où
la pluie

se transforme en neige


il l’enlace

 

 

ciel constellé –


d’une dameuse s’allume


la nouvelle étoile

 

 

 

dans la poche de l’anorak


une vieille saucisse


pour chien

 

pluie d’hiver -


au milieu des cris d’enfants


je m’endors

 

 

lampe frontale -


dans le noir, sautillent


les yeux du chien loup

 

 

ciel de nuit-


la constellation du chien


au bout de la laisse

 

 

 

par amitié


d’une rose sauvage


il m’envoie l’image

 

nouvelle ride -


le poème de mon visage


en train de s’écrire

 

 

pèlerinage -


si petite, la plage


de la corniche

 

 

avec mon chien


au cimetière des pauvres


je cherche une tombe

 

 

balade nocturne -


au bout du chemin,

la lune pour moi

 

 

valisette en cuir -


la mèche de cheveux noirs


de ma sœur morte

 

 

temps ensoleillé -


pour une broutille

l’orage entre nous

 

 

leurs anniversaires -


quatre vingt dix sept ans


les séparent

 

 

fin de journée -


du visage de ma fille


j’essuie le caprice

 

 

salle d’embarquement -


le balayeur marocain


a l’air triste

 

 

Roissy-CDG -


passer la douane

dans des
chaussettes trouées

 

 

 

l’étoile filante


dans le bois de bouleaux


file encore

 

d’un peu de verdure


en compagnie de ma femme


je dîne ce soir

 

 

 

douceur de janvier -


les grenouilles aussi


sont à la fête

 

sur l’île déserte -

nous deux si petits si grands

face à la tempête

 

 

loin d’irlande -


yeux fermés, le vent hurle encore

dans la cheminée

 

 

ah, comme elle rayonne


la tête toute tressée


de ma fille

 

 

le mouvement
perpétuel

du sèche-linge -


partir bientôt !

 

 

lune noire -


ma femme fait sa valise


et la mienne

 

 

jour de pluie -


il pense à sa collection


de cactus

 

 

fin d’après midi -


dans la maison glaciale


leurs voix chaudes

 

 

les pleurs de ma fille


sauvent le mulot de la mort -


soirée d’hiver

 

 

 

soleil matinal


pas la même lumière


sur les deux chats

 

 

 

fin d’automne-


le gel vient d’avoir raison


de mes liserons

 

étrangement


la nuit semble moins froide


le torse nu

 

 

 

non loin de minuit


le chat à l’encre de chine


pourrait miauler

 

 

plus vive à présent


qu’elle se sait menacée


la souris

 

carton éventré


sur mes lettres d’amour


elle met la main

 

 

déménagement

mon reflet m’aide à porter

le lourd miroir

 

récréation


une étoile


au bout de son doigt

 

 

la nuit tombe


la plateforme marine


au loin s’illumine

 

 

cortège funèbre


le chien aussi


en habit de deuil

 

 

soirée entre amis


à sept pour une raclette


à six trous

 

 

sous sa jupe courte


des collants en laine


vert franc

 

 

au fond de la boîte


seuls, le nom et l’image


du chocolat

 

 

gling clonc


le séchoir à linge


n’a plus qu’une corde

 

 

salle des I.R.M


derrière la porte,

le rire
des infirmières

 

 

Imagerie
par

Résonnance Magnétique


ses jolis yeux verts

 

 

I.R.M


croquer à pleines dents


dans le sandwich au thon

 

 

averse d’automne


ici, le volubilis


règne en maître

 

 

nuit sans étoiles

le compte à rebours

de son cœur

 

 

 

 

Philippe Quinta sélection de haikus

2007