Patrick et Marie-Hélène Corcoran décident, après vingt ans de mariage et une généreuse descendance – cinq magnifiques enfants - de renouveler devant Dieu et les hommes leurs vœux d’amour et de fidélité. Une chose rare en ce monde, où se compte, croyants et athés confondus, la cassure plus ou moins rapide d’une union sur deux.

Nous sommes un peu plus de cent, familles comprises, invités aux noces. Noces de porcelaine, souligne le prêtre, dont la voix se perd dans les assauts du vent. Cette porcelaine, précieuse et fragile, dont on réparait autrefois les fractures par un ingénieux système d’agrafes, est l’image de leur amour. Sauf que la promesse renouvelée ici ne ressemble pas un colmatage, tellement l’amour entre ces deux-là semble si peu entamé. A voir ces jeunes « vieux amants » parier sur le temps et donc sur ce qui le dépasse, tout le monde semble touché. Certains pleureront de joie, d’autres pris dans les tourments d’un amour mourant, dissimuleront leur douleur ; quelques commençants enfin, ivres de désir, se diront que l’exemple est fort. Couronnant la cérémonie, le banquet qui s’en suit est une œuvre de grâce aussi. On y mange beau, ai-je envie de dire et les témoignages ponctuant les agapes ne frôlent jamais l’indiscrétion. Même les ivresses demeurent légères.

Remercions Marie-Hélène et Patrick qu’un poème un peu maladroit qualifia de lanternes.

C’est une autre lumière qui brille dans leurs yeux. Ils nous en donnèrent un peu.

 

pelouse tondue –

les bancs d’église

en plein vent

 

*

 

 

les trépignements

du servant d’autel –

le prêtre en retard

 

*

 

sur la tête des « re-mariés » 

grains de riz

piqués de lavande

 

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souriant

au milieu de tous

la grand-mère silencieuse

 

*

 

devant leur maison

fer à cheval, roue du bonheur

et monnaie du pape

 

*

 

leurs noces de porcelaine

dans des assiettes en plastique

 

*

 

son étole ôtée

le prêtre se fait

glacier

 

*

 

 

champ de tournesols –

toutes les têtes inclinées

sauf une

 

*

 

les enfants accourent

vers la farandolle

des desserts

 

*

 

les tables sont telles

qu’on les a laissées -

lendemain de fête

 

*

 

à peine allongé

sous l’immense cèdre

il s’endort

 

*

 

elle trouve les restes

meilleurs que la veille

 

*

 

la cueillette des haricots

propice aux bavardages

 

*

 

Phil

 

et quelques uns hors contexte

 

le palais idéal

du facteur Cheval

a quelques fissures

 

*

 

chemin forestier

une petite plume blanche

tous les trois pas

 

*

 

nos pas arrêtés

par la barrière métallique

du TGV

 

*

 

Phil