Je me permets de reproduire ici ma réponse à la première lettre de G.B. un poète qui est devenu depuis un ami.

 


Cher G.


Reçu tout à l'heure votre lettre. Que vous dire ? D'abord très touché car je vous connais de réputation et pour avoir approché certains de vos livres. Je dis approché car hélas je n'en ai aucun chez moi. Je crois que l'on s'est vu au dernier printemps de Durcet. Vous étiez à la même table si je ne l'invente pas que Jean Claude Touzeil pour un livre si je me souviens bien en commun.

Je suis très attentif à ces quelques mots que vous osez écrire quant au haïku. Mots qui me sont forcément familiers. Je me suis posé les mêmes questions et me les posent souvent encore.Alors n'y allons pas par quatre chemins. Mais par quel bout le prendre ?

D'abord vous dire que je suis depuis quelques années happé par ce "genre poétique" qui est plus qu'un genre, vous vous en doutez. Happé parce que hors quelques haibuns (proses et haikus combinés) je ne peux plus rien écrire d'autres. Pas comme une drogue de laquelle on ne reviendrait pas, mais d'une île déserte et sans trésor qui offrirait jusqu'à l'insoupçonnable. Comment dire ?

Bien entendu il y eut aussi ces remarques: une mode facile dans laquelle tout le monde s'engouffre à coups de trois lignes, une japoniaiserie, un poème sans intérêt, juste un jeu etc... jusqu'au moment où, à force d'essayer et de lire surtout, j'ai compris que je cotoyais peut-être le plus difficile. Comme je me sens maladroit à exprimer ce sentiment là.
C'est comme si, je devais déposer tout mon attirail de poète (que je trouvais déjà très léger) pour une écriture très ordinaire et pour ainsi dire presque dépersonnalisée.

Je vis cette rencontre comme un bouleversement sans fin. Il m'est difficile, comme vous pouvez le voir, d'en parler. Yves Bonnefoy dans sa préface au livre Haïku de chez Fayard aujourd'hui édité en poche le définit si bien tout en lui donnant l'apparence d'une question. Peut-être parce qu'il n'a pas vraiment passé le pas.

Je crois en ce qui me concerne que le pas est passé. De cette expérience "totalisante" du haiku je ne peux plus revenir. Vous me direz, il semble que ce soit le propre du chemin de poésie ou comme le dit Haldas de son état. Avec un bémol cependant. Le haïku est poème, de cela je suis maintenant sûr. Mais un poème qui le serait presque ou le serait davantage
Comme un poème qui nous demanderait de renoncer au poème.

Certains le disent poème de l'entre ligne...

Vous voyez, je ne suis même pas capable d'exprimer ce qu'est le haïku (pour moi) en tous cas tout ce qu'il me donne d'émerveillement et de mystère...

Peut-être faudrait il échanger autrement ? Je suis en ce moment en train de répondre à l'interview d'un ami, à propos de la sortie en mars prochain d'un recueil de senryus animalier

édité en même temps que la revue Gong.

Je suis évidemment tout à fait ouvert à un échange entre nous et peut-être aussi à un partage. Et je veux bien lire ce que vous écrivez dans ce domaine ci.

Je suis heureux d'apprendre que vous aimez ce que j'écris.

Sachez combien après une toute petite pratique de sept années, je me sens novice en la matière.

J'espère que nous aurons très vite d'autres occasions de parler au sujet du haïku et sans doute d'autres choses.


Philippe