J'emprunte à Isabelle Padovani ce texte merveilleux de Douglas Harding...Bonne lecture !

 

La félicité éternelle

 
Article deDouglas Harding
publié dans le n° 79 de la revue 3eme Millénaire 


Toutes les choses dans le monde additionnées les unes aux autres
ne sont rien en comparaison de ce rien ici, conscient de lui-même en tant que rien. Comprenez-vous cela ?
C’est la liberté. C’est la vérité. C’est la joie rayonnante.


Quel est l'essentiel pour vous, aujourd'hui ? Que vous paraît-il le plus important de partager ?

Il y a deux choses que je souhaiterais intensément partager.

La première est l'émerveillement, l'étonnement qu'il y ait quelque chose.
A strictement parler, il ne devrait rien y avoir du tout... car enfin il est très étrange, voire anormal que les choses existent. Comment peut-il y avoir quoi que ce soit ?
Que même un électron puisse apparaître sur la scène sans aucune aide, ni raison, c'est inexplicable.
Et songez à ce qui est apparu. Songez au monde, des galaxies, aux étoiles et aux planètes, les animaux, les hommes, les femmes, les enfants, les cellules, les molécules, les atomes, les particules...
Je suis éberlué, bouleversé, ahuri, qu'il y ait quoi que ce soit. 
Et cet étonnement est joie. Pour moi, c'est de la joie.
Cela me fait poser sans cesse la question pourquoi...
Pourquoi y a-t-il quelque chose ?
Mais il ne s'agit pas d'une question à laquelle on puisse répondre.
C'est une question à poser sans réponse. 
Trouver la réponse à cette question serait une tragédie, un désastre pour toujours, l'enfer de l'ennui éternel, une éternité d'ennui. Dieu merci, on ne peut trouver de réponse à cette question mais elle doit être posée. Pour moi et mes amis qui partagent cet émerveillement, poser cette question est un délice et une joie. C'est donc ce sublime émerveillement que je souhaite d'abord partager.

La deuxième chose que je souhaite partager avec tous est très différente : c'est découvrir le prix à payer pour avoir un visage, mais aussi la façon d'éviter l'obligation de payer ce prix.
Bien sûr, j'ai un visage humain.
C'est un visage unique, qui ne ressemble à celui de personne d'autre.
Quand les gens voient ce visage, il me saluent, ils me reconnaissent.
Mes yeux, mon nez, ma barbe, tout ceci forme un tout unique. Et j'ai besoin de cela. Bien sûr que j'ai tous ces traits : deux yeux, un nez, deux oreilles, un menton, tout ceci est « Douglassien ».
Mais il y a un prix à payer pour avoir ce visage « Douglassien », un prix très élevé.
Le vieillissement est une moitié du prix à payer. Je ne le recommande pas, vraiment pas. Mais ce prix doit être payé. En tout cas, moi je le dois, mais peut-être vous, n'aurez-vous pas à payer ce prix ? Peut-être n'aurez-vous pas à devenir vieux ?
La deuxième moitié du prix à payer pour avoir un visage est encore plus élevée : c'est la mort.
La décapitation : on devient une victime de la guillotine. C'est un prix très dur.
Je suis né en tant que Douglas, et Douglas meurt.
Ce qui naît, meurt.
Je ne dis pas que l'on devrait, ou que l'on pourrait éviter cela.
Ce que je dis est que nous avons à reconnaître la dette à payer, et accepter cette redevance qu'est la mort.
Ce qui naît, meurt. Oui... mais un remède existe, me réponse, une façon de régler cette dette, d'éviter l'exécution : c’est de n'être pas né. Etre non-né.
Il y a une chose qui ne peut mourir, un corps si vous voulez, qui ne peut mourir parce qu'il n'est jamais né. .Le non-né, celui qui n'a pas été généré, ne peut pas mourir.
Celui qui est né, meurt. Le non-né ne peut pas mourir.
 Celui qui ne peut pas être né ne peut pas être exécuté.

Alors je regarde ce à partir de quoi je regarde, au lieu de regarder ce qui est là dehors.
Et ce à partir de quoi je regarde n'existe pas, c'est vide, une vacuité.
Il n'y a rien ici, au centre de moi-même. Et donc cela ne peut pas mourir.
Toutes ces choses là dehors meurent.
Douglas meurt, Dieu merci.
Mais ceci, ici, au centre de moi-même, ne peut pas mourir parce que ce n'est jamais né.
Ainsi le remède pour la mort est de voir où la mort se situe.
Je maintiens la mort là dehors. C'est la mort de ce qui est né, celle de Douglas.
Et ici, au centre, je conserve l'absence, une vacuité vivement éveillée, consciente d'elle-même en tant que non-existence. C'est ici, au centre, que je trouve et garde ma félicité éternelle.
Une vacuité absolue, intensément consciente d'elle-même, en tant que rien.

Toutes les choses dans le monde additionnées les unes aux autres ne sont rien en comparaison de ce rien ici, conscient de lui-même en tant que rien.
Comprenez-vous cela ?
C'est la liberté. 
C'est la vérité. 
C'est la joie rayonnante.

Cette expérience est la deuxième chose que je souhaite partager autant que possible.
Le sublime émerveillement qu'il y ait quelque chose, et la vacuité rayonnante au centre de nous-même... nous devrions danser de joie en prenant conscience de notre divine ignorance.