Minuit passé -
dans le parking désert
un jeune patine

 

Je suis là à attendre le dernier tramway. Mon chien est à mes côtés, dans la voiture chauffée.

Mon fils revient d’une soirée que j’imagine bien arrosée. J’ai compris tout à l’heure, au téléphone, qu’il était ivre. De ces ivresses où le vertige et la lenteur des phrases et des mouvements l’emportent sur la joie de faire la fête. Une bonne biture quoi !

Bien sûr, je n’ai pas encore vu son état, mais à cinquante piges, je peux en toucher l’idée.

Tandis que je me dis n’être pas tout à fait le père que j’aurais voulu être, dans le parking

vacant, une silhouette passe à toute vitesse, visiblement portée par de petites roues.

Le jeune en question doit avoir l’âge du mien. Son ivresse est d’une autre nature. En pleine nuit, il slalome entre les arbres. Ses gestes rapides et amples chassent d’un trait mes mauvaises pensées. Sa silhouette ensuite disparaît.

J’ai conscience qu’un haiku est en train de naître, entre deux inquiétudes, dans la brièveté de l’instant.

Pourtant, quand quelques heures plus tard, au petit déjeûner, je prendrais mon ordinateur portable pour le transcrire, le résultat me semblera trop éloigné de l’expérience, un peu comme une photo mal cadrée. Je ne veux pas qu’on voit l’adolescent glisser longtemps

dans cet espace libre. Je veux que la vision soit fulgurante.

 

Je me dis alors qu’un petit texte en prose peut apporter quelque chose à ce tercet. J’abandonne

la nuit et l’heure tardive, ne gardant que l’endroit. Le jeune homme aussi disparaît. Ne reste que ce que j’ai vu, et le lecteur connaît le reste.

 

parking désert -

sur des patins, une silhouette

le traverse

 

 

Phil