Puisque Py m'y invite, sur son blog haicourtoujours, je ferai ici quelques commentaires sur les thèses de Georges Swede (traduites par D. Py) .
Je reproduis d'abord le dernier paragraphe servant de tremplin. Mais je vous invite à vous rendre au blog précité afin d'en lire tout le développement.

1ère règle : le haïku est un poème bref.

Cette règle a trois corollaires :
a) le haïku devrait comporter 17 syllabes.
b) le haïku devrait être disposé sur trois lignes, de 5/7/5 syllabes de
préférence.
c) En le disant, il devrait durer approximativement la longueur d’un souffle.

Aujourd’hui le haïku en anglais continue d’être court (peut-être même plus
court qu’avant). Cependant quelques haïkistes en vue continuent d’écrire des
poèmes d’exactement 17 syllabes. La plupart reconnaît maintenant que la longueur
de 17 syllabes était calibrée en fonction des caractéristiques de la langue
japonaise, pas de l’anglaise. (Voir chapitre 3 pour explications.) Très peu de
haïkus de 17 syllabes en anglais ont autant d’efficacité que leurs homologues
japonais. La plupart ont tendance à être maladroitement rembourrés de mots
inutiles.
Comme nous l’avons déjà mentionné au chapitre trois, la règle des trois
lignes n’est pas véritablement une règle classique – au sens japonais du terme.
C’est simplement une convention occidentale pour arranger les 17 syllabes
anglaises. Tandis que la plupart des haïkistes de langue anglaise continuent de
respecter cette règle d’écriture sur trois lignes,
l’on écrit de plus en plus de haïkus sur une, deux lignes, ainsi que des haïkus
visuels et verticaux. En voici quelques exemples (pour plus de choix,
reportez-vous au chapitre 3) qui montrent comment, malgré des changements
radicaux de forme(s), quelque chose d’essentiellement haïku perdure. Ces
éléments essentiels sont ce qui devrait constituer la nouvelle définition du
haïku.

neige par la fenêtre des fleurs de papier ramassent la poussière

Clarence Matsuo-Allard
(Cicada, III,2,(1979), p.44.)

Court de tennis déserté.
. . . . . . . . . . le vent à travers le filet.

Gary Hotham
(The Haiku Anthology, p.51).

. . . . . . . . . . . . . . . . . . S . . N . . O . .  W . . .F . . E . . N . . .C . . E
after the blizzard . . . . SsunNsunOsunWsunFsunEsunNsunCsunE
. . . . . . . . . . . . . . . . . . S . . N . . O . . .W . . .F . . E . . N . . .C . . E

LeRoy Gorman
(Canadian Haiku Anthology, p.51)

. . . . . . . . . . . . . . . . . B . .A . .R . R . I .È . R . . E . D . E . N . E . I . G . E
après le blizzard . . . . B.soleil.R.soleil.È.soleil.E.soleil.E.soleil.I.soleil.E
. . . . . . . . . . . . . . . . . B . .A . .R . R . I .È . R . . E . D . E . N . E . I . G . E

Snow . . . . . . . . . the . . . . . . . .  looms
on . . . . . . . . . . . white . . . . . . . in
the . . . . . . . . . . .head . . . . . . . .the
mountain . . . . . .of . . . . . . . . . . mirror
. . . . . . . . . . . . . .Tao-Li

Neige . . . . . . . . la . . . . . . apparaît
sur . . . . . . . . . tête . . . . . . .dans
la . . . . . . . . . blanche . . . . . .le
montagne . . . . de . . . . . . . miroir
. . . . . . . . . . . Tao-Li

Tao-Li
(Cicada I,3 (1977), p.37

Comme on peut le constater par ces exemples, l’esprit-haïku ne réside pas que
dans le 5/7/5. La règle des 17 syllabes et celle des trois lignes devraient être
éliminées de la définition du haïku moderne en anglais. D’ici à ce qu’elles le
soient, les poètes vont s’efforcer inutilement de façonner une forme
artificielle plutôt que de se concentrer sur l’essence du haïku, son contenu.
La troisième règle corollaire à propos de la brièveté, de la longueur d’un
seul souffle, devrait cependant être conservée. Elle offre un chemin concret
pour indiquer ce que bref sous-entend. Bien sûr, il existe d’autres formes
poétiques tout aussi brèves, tel le proche senryû (poème semblable au haïku qui
implique uniquement la nature humaine) et l’épigramme occidental. Une nouvelle
définition devra distinguer le genre haïku de ces autres gendres. Néanmoins, que
la règle d’une longueur de souffle soit une bonne règle peut se fonder sur le
fait que presque toutes les sortes de haïkus écrits de nos jours peuvent être
émis sur une seule longueur de souffle (voire moins).

(…)
» L’examen des huit règles classiques révèle (donc) qu’il n’y en a que cinq qui
restent essentielles aujourd’hui :

1) Le haïku doit être bref (d’un seul souffle à la lecture).

George Swede. (trad.Daniel Py)

Je ne vois rien à opposer à cette règle. Il est vrai que si le 5/7/5 après avoir été pour moi un excellent tremplin d'écriture, devint vite une règle invalidante et source d'artifice, je ne m'étais pas encore vraiment posé la question des trois lignes, même s'il m'arrivait et m'arrive encore de la transgresser. Georges Swede a raison de la trouver secondaire ( règle des trois lignes).

C'est en effet une convention qui finit par devenir, pour beaucoup d'entre nous, une sorte d'obligation.Je pense pouvoir gagner plus de liberté en me défaisant de cette croyance qu'un haiku de deux ou de quatre lignes ne recevra pas l'estampille.

Le seul bémol que je mettrais à cette liberté, c'est dans la pédagogie du haiku . De la même manière que beaucoup défendent l'idée qu'il faut enseigner aux débutants l'usage de la métrique, peut être peut-on penser que le recours aux trois lignes est nécessaire dans les commencements. Ou peut on formuler la question autrement: peut-on enseigner le haiku sans passer par la règle du 5/7/5 et la convention des trois lignes ? C'est aussi une question que je renvoie au traducteur de Swede et aux lecteurs de mon blog.

Phil