J'ai cherché parmi les haijins japonais anciens et modernes des haïkus portant sur l'addiction. Je n'ai pas trouvé grand chose. Le vin et le saké
sont assez souvent référencés mais sous d'autres angles. Alors j'ai dû étendre ma palette et pousser le renoncement à d'autres objets que l'alcool et là bien sûr émergent beaucoup de poèmes.

Voici quelques trésors que je ferai suivre au gré de l'inspiration de mes commentaires:

du vin à cuver
et si mes années s'en vont
eh bien qu'elles s'en aillent !

Issa

Ce que le brave Issa se dit, je me le suis dit bien souvent. C'est aussi ce que pense mon fils de dix sept ans qui,  jour après jour se fabrique une belle addiction au tabac. Ce tercet est tardif dans l'oeuvre d'Issa; Le pauvre homme est  âgé et sort de redoutables épreuves. On peut bien le laisser s'enivrer, pourvu qu'il continue à abreuver le monde de ses délicieux poèmes.

Plus récemment, Kaneko Tota s'interroge sur les méfaits de l'alccol mais aussi sur ses avantages:

Dois-je arrêter de boire ?
Et à quel instinct
Vais-je me livrer ?

Kaneko Tota

Il réalise, comme tout grand buveur le fait, qu'une passion étouffée peut en faire naitre de plus féroces.

Au bureau de tabac
Pas de tabac
Une pluie froide tombe.

Santoka

Le poète n'a pas renoncé à fumer. Mais il exprime merveilleusement bien le manque que l'on peut ressentir quand la drogue est absente: Une pluie froide tombe ! En l'occurrence, j'appelais le vin: mon petit soleil.

A cet instant, je l'avoue, je me boirais bien une de ces bières belges bien rustiques. L'ami Marcel me comprend. Et je ne trouve pas dans le capucino de réponse à ma grande soif. Mais bon, restons sages, il y a d'autres ivresses.

Phil

(à suivre)